Mariage de Lucie et Gurpreet

Quand une pâtissière française et un restaurateur sikh se marient, le menu de mariage est forcément à la hauteur [1]``

Avant leur mariage, Gurpreet Singh et Lucie Franc de Ferrière font connaissance à l’arrière d’un Uber qui les conduit à une fête où ni l’un ni l’autre n’a vraiment envie d’aller à New York en 2019. Elle lui demande à quel point il a envie d’être là « sur une échelle de 1 à 10 ». La réponse est sans appel : 4. « J’ai éclaté de rire avant de lui dire : pareil pour moi ! », se souvient Lucie.

Quatre ans plus tard, le couple né dans l’adversité s’est marié – en deux fois – en juin et août 2023 lors d’une union multiculturelle entre Long Island (où vit la majorité de la famille de Gurpreet Singh) et Pessac-sur-Dordogne, près de Saint-Émilion, où vivent les parents de Lucie Franc de Ferrière , propriétaires d’un vignoble et de chambres d’hôtes.

Gurpreet Singh et Lucie Franc de Ferriere se sont rapprochés durant le Covid autour de leur passion pour la cuisine

Durant la crise du Covid, la ville tourne au ralenti et Lucie perd son job dans une galerie. Gurpreet, lui, fait encore de la vente à emporter dans son café-restaurant, le Sunday to Sunday : grâce à un petit comptoir donnant sur la rue, il sert cafés et pâtisseries à ses clients les plus fidèles. Lucie, qui a grandi aux côtés d’une mère pâtissière, retrousse ses manches et lui prête main forte en se lançant dans la confection de gâteaux et de pâtisseries dans le sous-sol du café. Peu à peu, ses créations deviennent l’attraction numéro un de l’échoppe, et ce qui n’était qu’un projet éphémère lié au Covid devient un job à plein temps. En janvier de l’année dernière, Lucie ouvre sa propre pâtisserie dans l’East Village. Son nom ? From Lucie, tout simplement. Anna Wintour sera l’une de ses toutes premières clientes et lui commandera un gâteau pour sa fête de Noël.

« Lorsque nous avons commencé à organiser notre mariage, nous avions tous les deux à cœur de rendre hommage aux cultures différentes dans lesquelles nous avons grandi », explique Lucie Franc de Ferriere. Élevée en France dans une famille protestante, elle a vécu à Rome et en Angleterre avant de s’installer à New York. De son côté, Gurpreet Singh est né aux États-Unis dans une famille sikh et a vécu à New York toute sa vie. Le père de Lucie est viticulteur et possède plus de cinquante têtes de bétail ; la famille de Gurpreet ne mange pas de viande et ne boit pas. Pas évident de concilier tout ça. Le couple décide donc qu’il y aura deux mariages différents.
Gurpreet Singh et Lucie Franc de Ferrière ont organisé deux mariages différents pour célébrer leurs familles

Pour le mariage indien, qui s’est déroulé en juin dans la maison des Singh à Long Island, la famille s’est chargée de l’organisation. Le gâteau de mariage pour les 400 invités présents a été fait à la main par Lucie et sa mère la veille du mariage, dans la cuisine de leur Airbnb. La mariée raconte : « C’est grâce à ma mère que je suis devenue pâtissière, c’est donc nous qui avons fait le gâteau. C’était un gâteau à quatre niveaux, avec crème au beurre, meringue suisse au basilic, et confiture de framboise. Je voulais rester dans des couleurs traditionnelles et j’ai choisi de l’orner de fleurs orange et jaunes. » La pâtissière est en effet connue pour ses gâteaux fantaisies avec des éléments floraux naturels à l’esthétique simple et élégante.

Pour le sangeet (rituel dansant et festif précédant les mariages indiens), ils ont choisi Akbar, la plus ancienne salle de banquet indienne de Long Island, où se sont aussi déroulées les cérémonies du mehendi et du jaggo (traditions de mise en beauté pour la mariée). La mariée portait un sari vert et rose avec des fleurs dans les cheveux. Le lendemain matin, ses demoiselles d’honneur et elle sont arrivées au Mata Sahib Kaur Gurdwara à Glen Cove avant le début du baraat [tradition qui veut que le marié se rende sur place sur un cheval blanc]. Vêtue d’un lehenga rouge, apporté d’Inde par la famille du marié, la mariée s’est cachée à l’étage pour guetter par la fenêtre l’arrivée du marié sur son cheval blanc. Pour la décoration, Lucie a fait appel à son amie, propriétaire de Joy’s Flower Shop à New York, pour réaliser des centres de table avec des pivoines d’un rouge profond, assorties à son lehenga (robe indienne traditionnelle). La cérémonie de mariage a été suivie d’un déjeuner au gurdwara [lieu de culte des sikhs] et, pour la réception du soir, elle a revêtu un lehenga or et champagne.

Après un mariage à Long Island, direction la France pour une deuxième cérémonie

Quelques mois plus tard, en août, le couple a réuni ses amis les plus proches et sa famille du monde entier pour trois jours dans la ville natale de la mariée, Pessac-sur-Dordogne, où leur union a été célébrée dans l’église même où la grand-mère de Lucie s’était mariée. “L’église n’avait pas été rénovée depuis 1890. Toute la communauté locale, y compris mon père, a donc travaillé pendant des mois pour qu’elle soit parfaite pour accueillir nos invités”, explique Lucie à propos de ce lieu romantique.

La sœur de Lucie, qui dirige une agence d’organisation de mariages, s’est logiquement occupée des festivités en France, avec un mood board familier : « Nous voulions quelque chose d’un peu fantaisie, presque un look vieux jardin à l’anglaise », précise Lucie, qui a opté pour trois longues tables au bout du jardin du vignoble de ses parents, le Château Carbonneau, pour le dîner de réception du mariage. Au hasard de la décoration, on pouvait croiser bougies hautes, verres en cristal anciens et fleurs inspirées par l’immense roseraie de sa mère, conçues et assemblées par Flowers by Ford. Même les invitations manuscrites adressées aux invités ont été inspirées par le déjeuner de fiançailles des parents de la mariée, il y a déjà quelques années… Elles étaient accompagnées de petits mots personnalisés, et le numéro de table était inscrit sur une photo Polaroïd d’un souvenir partagé avec l’invité.

Le week-end a débuté par un cocktail de bienvenue au château de Sanse, suivi du mariage à l’église, puis les invités se sont rendus dans le vignoble familial pour un vin d’honneur sur la terrasse, où leur ont été servis huîtres, charcuterie et fromage, accompagnés de vin sélectionné spécialement par le père de la mariée. Le service de traiteur pour le dîner a été assuré par la maison Lassuderie de Pessac et, une fois n’est pas coutume, la mariée laissé à un autre le soin de faire le gâteau. Elle a choisi sa pâtisserie locale préférée, celle Frédéric Granet à Castillon-la-Bataille, pour faire une pièce montée géante, un dessert de mariage classique où se croisait des saveurs diverses, chocolat noir et pointe de sel, praliné, espresso et lavande. Dans le plus pur style français, le dîner s’est terminé tard dans la nuit et les invités ont profité du dessert sur la piste de danse, qui est restée ouverte jusqu’à 6 heures du matin.

Des tenues de mariage venant de créateurs proches du couple

Le repas a incontestablement été le temps fort de la soirée, mais les mariés ont également pris soin de composer leur garde-robe de mariage avec des pièces provenant d’amis, de membres de la famille et de collaborateurs de longue date. Pour le cocktail de bienvenue, la mariée portait une robe fluide Kamperett, une barrette rouge Caro Editions et des chaussures italiennes vintage. Le marié portait une chemise de son camarade d’université et créateur KidSuper, et un pantalon lahoS, la marque d’un autre ami, Sukh Sohal. Pour le mariage, Lucie Franc de Ferriere portait une robe de mariée Rosie Assoulin sur-mesure. La créatrice et elle se sont rencontrées lors de l’un de ses premiers pop-up de pâtisserie et ont tout de suite accroché, jusqu’à travailler ensemble. Des années plus tard, Lucie a même confectionné des pâtisseries pour le lancement de la ligne mariage de Rosie Assoulin, il paraissait donc assez logique qu’elle porte l’une de ses robes pour son propre mariage. Elle a associé cette robe corset transparente avec une hanche en forme de tasse de thé et un nœud dans le dos à des bijoux Catbird et à des babies Suzanne Ray. En guise de surprise, sa mère lui a remis un voile fait main inspiré de son propre voile de mariée à pois dans les années 80. Le marié portait un costume classique J.Crew avec des nœuds-papillons cousus par la mère de Lucie, assortis aux robes des demoiselles d’honneur, pour lui et ses témoins.

Entre le gâteau, le vin vendangé à la main, et le beau voile, le mariage, familial et chaleureux, n’a été que douceur, gestes tendres et moments intimes.


[1Article de Akanksha Kamath publié en décembre 2024 sur le site de Vogue.


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